A vos masques, prêts ? Allez !

Emmanuel Duprat, masqué, place Joachim du Bellay
Emmanuel Duprat, masqué, place Joachim du Bellay

Voilà, la lumière était bien au bout du tunnel. 

Lundi 11 mai nous pourrons sortir quand nous voulons et vaquer à nos occupations avec prudence dans un rayon de 100 kilomètres autour des Halles.

Prendre un compas et une carte pour connaître ses objectifs de promenade en Île-de-France.

Par la contrainte sanitaire, nous avons passé deux mois dans un très grand calme urbain, moment hors du temps pour notre quartier d’ordinaire si vivant, bruyant, agité, bouillonnant.

Une situation mondiale jamais connue, même lors de la grippe espagnole de 1918.

Certains ont pu trouvé des inspirations dans ce moment suspendu, d’autres l’ont mal vécu. 

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Distribution des masques grand public

Pour le grand public, des masques en tissu, lavables et réutilisables 20 fois seront distribués en pharmacie à partir du lundi 11 mai et jusqu’au 8 juin 2020.

La remise de ces masques se fera sur présentation d’une contremarque obtenue après pré-inscription sur le site www.paris.fr à partir du lundi 11 mai.

Pour en savoir plus : https://www.paris.fr/pages/la-ville-de-paris-va-distribuer-2-2-millions-de-masques-aux-parisiens-7753

Poème de confinement, avec Jean-François Frier

Troisième millénaire

1. Berceuse

Il y eût bien un peu du bleu du ciel pour notre espérance commune, où nous allions ensemble, homme et bêtes de l’homme, où nous irions tous deux, nonchalamment, n’étaient le virus et l’absence.

2. Calamité

Absence-absinthe, fée décatie penchée sur un berceau d’étoiles, voici tes cheveux blancs et voici tes yeux blancs.

Absence à toi-même absente, ivre et qui sonne creux, qu’est-ce au fond de l’étang que ce roi pustuleux et ses tambours muets ?

Nul fruit dans le verger, à la rivière aucun reflet, plus rien sinon, partout, le tien, vampire immarcescible.

3. Feu

Et puis voici le feu dans ta cathédrale, Marie !
Une bouffée de lumières versicolores irradie soudain des rosaces. Les tours gonflent de flammes. Puis quand la flèche en crépitant à son tour s’effondre, un peu d’éternité vient enchanter l’instant.

Les ombres allégres des gargouilles dansent sur le parvis un consternant sabbat d’ailes, de griffes, de volutes et soupirs.

4. Apocalypse

Forêts couchées aux vents, tueries par mes jardins secrets, monts déneigés et les savanes nues – partout Vivant tu croules en un pétillement d’atomes.

Plus transparente encore du froid dont elle s’est dessaisie, voici la femme-ancêtre, Ève ou Lucy, dont Nature procède. Et voici qu’elle s’en vient aujourd’hui pour éteindre nos siècles. Rose des monstres féminins, Rose des vents hurlants, Terre brûlante que les nombres détruisent.

5. Consolation

Cercle parfait qui va de ton âme à ton corps, rondeur de tes seins purs, anneaux ouverts de tes lèvres à l’hymen par les eaux finies du cosmos.

Stabat mater dolorosa; Marie pose tes yeux sur nous, je demande repos.

6. Espérance

Vit encore dans la crypte, tout pouilleux du virus, ce Roi de Rien que plus aucun jeu ne distraie.

Sa Reine est endormie, toute pulvérulente, mais voici les charmeurs de scorpions et chacun sait alors que nous vivrons ensemble, toi qui défait le souffle et nous qui te pensons, petit être sans âme.

Jean-François Frier
28 avril 2020

Jean-François Frier sur la margelle de la Fontaine des Innocents, place Joachim du Bellay