ON NE BADINE PAS AVEC LA (SUR)VIE D’UN QUARTIER !

Lundi 5 janvier, contre les conclusions du rapporteur public et 3 mois après avoir autorisé la reprise des travaux, la Cour administrative d’appel de Paris (exceptionnellement) réunie en formation plénière a confirmé le jugement du 13 mai 2014 du Tribunal administratif de Paris ayant annulé le permis de construire du 17 décembre 2012 par lequel le Maire de Paris avait autorisé la société “Grands magasins de la Samaritaine — Maison Ernest Cognacq” à restructurer l’ensemble de bâtiments dits “îlot Rivoli”.

Motif ? Dans son arrêt, la Cour a considéré que “le choix du verre comme matériau exclusif de la façade” en verre ondulé de l’édifice prévue par le permis attaqué “ne répond pas à l’obligation d’insertion de la construction projetée dans le tissu urbain environnant” prescrite par l’article UG.11.1.3. du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de Paris qui dispose que “les constructions nouvelles doivent s’intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits)”.

Bref, le projet porté par l’agence japonaise Sanaa ne s’insérerait pas dans le tissu urbain du quartier et ne répondrait donc pas aux prescriptions du PLU.

Les juges administratifs parisiens ont ainsi approuvé le recours déposé par la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF) et SOS Paris contre le projet porté par la Ville de Paris et soutenu par les architectes des bâtiments de France.

Certes, la Ville de Paris et LVMH ont déposé un pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat afin que les travaux puissent arriver à leur terme. Mais ce pourvoi n’est pas suspensif. Les travaux de « l’îlot Rivoli » sont donc suspendus sine die. La réalisation du projet est retardée au moins jusqu’à la fin 2018.

Or, le projet de 450 millions d’€ de la « nouvelle » Samaritaine est un chantier ambitieux sur les plans architectural et économique : plus de 26 000 m² de commerces et autant de bureaux, une centaine de logements (dont 96 logements sociaux), une crèche de 60 berceaux et un hôtel de luxe de 72 chambres Cheval Blanc, le tout dans un écrin comprenant un patio, un atrium et une allée piétonne de la rue de Rivoli à la Seine. Last but not least, 2 100 emplois devraient y être créés.

Pour le quartier Saint-Germain l’Auxerrois, ce retard supplémentaire est une catastrophe économique et sociale car l’activité du quartier est partiellement dévitalisée depuis 2005 et la fermeture de la Samaritaine pour risques d’incendie et de sécurité. Seule sa réouverture cicatrisera le tissu commercial de proximité et redémarrera l’activité économique locale. Au mieux, pour ceux d’entre eux qui survivront à la prolongation de la friche, les porteurs de projets devront patienter plusieurs années supplémentaires.

Les près de 2 000 habitants du quartier St Germain l’Auxerrois et les milliers de travailleurs potentiels de la « nouvelle » Samaritaine méritaient mieux que d’être pris sous le double feu nourri des recours abusifs (d’associations peu, ou pas, représentatives) contre les projets locaux créateurs d’emplois, et des élucubrations esthétiques des juges administratifs, lesquelles auraient du reste entravé la plupart des innovations architecturales dans la capitale si elles avaient eu libre cours auparavant. L' »ancienne » Samaritaine elle-même, à l’époque de sa construction, s’insérait-elle dans le tissu urbain du quartier ? Non.

Pour le président de l’Académie d’architecture, « une telle conception des règles d’urbanisme est incompatible avec une vision contemporaine de la ville et n’aurait pas permis à certains bâtiments les plus emblématiques de notre histoire de voir le jour. »

Alors que le développement de l’attractivité économique et la création d’emplois sont des enjeux tout particulièrement décisifs en période de crise, nul ne devrait badiner avec un projet structurant pour la (sur)vie d’un quartier et de ses habitants !

Telles sont les raisons pour lesquelles l’ADRAQH réaffirme sa solidarité à l’égard des habitants du quartier St Germain l’Auxerrois.

 

(crédit photo : Franck Fife / AFP photos)

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